Des tableaux et des soins

27 mai 2025

Post LinkedIn 27/05/2025 – Artcurhope

Des tableaux et des soins

Je suis infirmière dans un service d’oncologie, j’ai vu des patients traverser les moments les plus difficiles de leur vie. Les couloirs blancs, les bruits de machines, l’odeur caractéristique des produits désinfectants ; l’environnement hospitalier peut être froid et intimidant. Puis un jour, tout a changé.

Je me souviens encore de cette matinée où les techniciens sont venus installer cette magnifique toile aux couleurs chaudes dans notre salle d’attente.

L’une des patientes, 73 ans, suivait une chimiothérapie particulièrement éprouvante. Elle restait habituellement silencieuse, le regard fixé sur son téléphone. Ce jour-là, je l’ai surprise en contemplation devant l’œuvre. « Ça me rappelle les champs de coquelicots, » m’a-t-elle confié avec un sourire que je n’avais jamais vu auparavant.

J’observe quotidiennement leurs effets sur mes patients :

  • Les œuvres offrent un point d’ancrage, une échappatoire momentanée à la maladie
  • Elles favorisent des échanges plus personnels entre soignants et patients
  • Elles réduisent visiblement l’anxiété avant les procédures médicales
  • Elles stimulent la parole chez certains patients habituellement renfermés

Ces expositions ont également transformé notre façon de travailler. Les œuvres sont devenues des repères, des sujets de conversation, parfois même des confidents silencieux pour les patients comme pour nous. Lors des relèves, nous nous retrouvons à échanger : « Mme Martin s’est beaucoup ouverte aujourd’hui en parlant de cette peinture marine. »

Nos indicateurs cliniques ont évolué. Nous observons une diminution des demandes d’anxiolytiques, des temps de récupération parfois raccourcis, une amélioration de l’humeur générale. La science confirme ce que nous constatons empiriquement : l’environnement visuel influence directement le bien-être physique.

Personnellement, ces œuvres ont également changé ma pratique quotidienne. Je me surprends à utiliser certaines comme support de communication : « Respirez profondément et concentrez-vous sur les vagues de ce tableau pendant que je change votre perfusion. » La douleur semble parfois diminuer quand l’attention est captivée ailleurs.

La muséothérapie ne remplace évidemment pas les traitements conventionnels, mais elle s’intègre parfaitement dans une approche plus globale du soin. Elle nous rappelle que nos patients ne sont pas simplement des corps à soigner, mais des êtres sensibles dont l’esprit mérite autant d’attention que la chair.

Aujourd’hui, quand j’accueille de nouveaux soignants dans notre service, je les invite toujours à prendre conscience de ce « personnel soignant silencieux » que constituent ces œuvres. L’art nous a appris une leçon fondamentale : dans le processus de guérison, la beauté n’est pas un luxe, mais une nécessité.